Homélie du dimanche 22 mars 2020, troisième du Carême, de la Sainte Croix
« Un bois désarmé, une croix sans fer et un corps mort ont vaincu et mis à mort le diable et ses anges ; oui, c’est avec ses propres armes qu’un plus fort a vaincu et mis à mort le combattant fort. Et maintenant il vient au-devant de toute âme qui le cherche en vérité, et quand il s’en approche, il écrase et détruit la puissance des ténèbres qui avaient emprisonné l’âme et la gardait entravée. »

Ces paroles sont attribuées à saint Macaire d’Égypte. Le grand ascète y rappelle que par le bois de la Croix, le Christ a vaincu le mal qui avait d’abord triomphé de l’homme par le bois du paradis. C’est l’armement – la panoplie – du crucifié, du supplicié, du condamné à mort qui a permis au Seigneur de triompher de l’ennemi par la douceur, sans le fer de la violence. La croix de Jésus est le Règne de Dieu venu avec la puissance de l’abaissement et de l’humilité, le Règne contemplé par les contemporains de Jésus et aujourd’hui encore offert à la vue de ceux qui ont des yeux pour voir et des oreilles pour entendre.

Quant à l’âme qui a été rendue digne de reconnaître dans la croix du Christ le Règne de Dieu venu avec puissance, « elle doit s’efforcer d’être unie en vérité à son époux, le Christ, et participer à ses souffrances, en ayant toujours devant les yeux les plaies qu’on lui a infligées pour elle : tout ce que lui, l’Impassible, a souffert pour elle, et comment celui qui est au-dessus de tout châtiment a été châtié pour elle, et comment, étant en forme de Dieu, il a pris la forme d’esclave. Ainsi elle souffrira et sera enchaînée avec lui pour être également glorifiée avec lui. »

À l’âme qui cherche à porter avec Jésus sa croix et ses souffrances, comme à l’apôtre Thomas huit jours après sa Pâques, le Seigneur se révèle sous un double aspect, « avec ses plaies et dans la gloire de sa lumière », comme Ressuscité portant les marques de la Passion. « L’âme contemple les souffrances qu’il a subies pour elle, mais elle contemple aussi l’éclat incomparable de la gloire de sa divine lumière ; elle se transforme en cette même image, de gloire en gloire, selon l’action de l’Esprit du Seigneur. Elle progresse ainsi suivant l’un et l’autre aspect, celui de la souffrance et celui de la glorieuse lumière… Si le Christ, qui par nature était en forme de Dieu, a en quelque sorte oublié sa dignité en prenant forme d’esclave et en devenant semblable aux hommes, l’âme qui a reçu, en plus de la sienne, l’essence, la puissance et la nature de Dieu en oublie davantage sa honte première » et suit le Crucifié ressuscité dans la lumière éternelle du Père.